Le Queyras (en occitan Cairàs) est une vallée du département des Hautes-Alpes, mais également un parc naturel régional. Elle est traversée par le Guil et comporte huit communes aujourd'hui regroupées au sein d'une communauté de communes : Arvieux, Abriès, Aiguilles, Ceillac, Château-Ville-Vieille, Molines-en-Queyras, Ristolas et Saint-Véran. Ceillac ne faisait pas partie du Queyras historique : il appartenait à l'évêché d'Embrun (et non de Briançon) et n'entrait pas dans l'escarton du Queyras.
La vallée est aujourd'hui réputée pour ses attraits touristiques, ski en hiver et randonnée en été. Elle est notamment traversée par le GR 58 qui permet d'en faire le tour ou le GR 5.
Le parc est délimité au nord et à l'est par la frontière avec l'Italie, depuis le sommet du pic du Grand Glaiza jusqu'à la Tête des Toillies via le col Agnel. Puis il suit la crête délimitant le bassin versant de l'Ubaye jusqu'à la Mortice et remonte au nord-ouest jusqu'à Guillestre, dans la basse vallée du Guil, qui constitue la principale porte naturelle sur le Queyras. Depuis Guillestre, la limite suit la crête orientée Nord séparant la vallée d'Arvieux de la Durance et passant par le pic du Béal Traversier puis prend une direction nord-est jusqu'au col d'Izoard, passage mythique du tour de France cycliste et finit par la ligne de crête séparant la vallée des Fonts au nord et passant par le Pic de Rochebrune, jusqu'à la frontière italienne. On peut d'ailleurs considérer que le Queyras correspond au bassin versant du Guil. Le point culminant du Queyras est le Pic de la Font Sancte et non le mont Viso dont le sommet se trouve dans le Piémont, mais dont le tour passe par le Queyras.
Le mot Queyras se prononce localement « à la française », c'est-à-dire avec le s final muet, contrairement à l'habitude de nombreux visiteurs qui souvent prononcent le s final.
Les quelques recherches archéologiques menées au XXe siècle autour de la mine de cuivre de Saint-Véran et dans les alpages d'Urine et du mont Viso attestent que ces montagnes ont été occupées au Néolithique pendant une période indéterminée. Sous l'Empire romain, le Queyras a été une voie de passage entre la vallée de la Durance, à partir de la Roche de Rame, et la vallée du Pô, par la montagne, comme l'attestent les quelques restes de voie romaine aux Escoyères.
Pourtant, il ne semble pas que cette haute vallée ait été occupée et mise en valeur de façon permanente avant les XIe et XIIe siècles. Des érudits du XIXe siècle ont cru lire dans le testament du Patrice Abbon (739), patrice qui possédait de vastes domaines dans la vallée de la Durance et du Mont-Cenis à Marseille, en se fondant sur les mots latins curte mea salliaris, villa vetolae, mulinarici, des allusions à Ceillac, Château-Ville-Vieille et Molines, alors que ces mots désignent apparemment une court des saules (une court était un vaste domaine), la ferme (villa) des génisses (veaux d'une année) et un comptoir de pierres à moulins. Les plus anciennes références au Queyras ou à ses villages datent du XIIe siècle[1]. La plus ancienne archive se rapportant à un village du Queyras est une charte de privilèges accordée en 1259 par le Dauphin Guigues aux habitants d'Abriès (ils sont placés sous la sauvegarde du Dauphin et il est créé dans leur village un marché hebdomadaire)[2]. Dans les archives du Dauphiné à Grenoble, comme dans les archives de l'Église, il est fait référence à plusieurs reprises au Queyras au XIIe siècle. Les documents les plus connus sont les trois enquêtes fiscales ordonnées dans les mandements de montagne (Queyras, Val Cluson, Bellin), entre 1249 et 1267 par le Dauphin Guigues, qui était désireux de connaître avec précision les taxes, impôts, redevances, etc. que lui devaient ses dépendants, les terres qu'il possédait, les hommes liges qu'il protégeait, ainsi que l'enquête ordonnée en 1339 par le Pape d'alors qui avait exprimé son désir de racheter au Dauphin les droits féodaux sur ces mandements de montagne, mais qui y a renoncé quand il s'est rendu compte que la transaction ne lui rapporterait rien[3]. Le Dauphin, dont l'État était ruiné à la suite de longues guerres contre la Savoie, a alors décidé de vendre ses propres droits aux habitants de ces cinq mandements de montagne : Queyras, Briançon, Oulx, Val Cluson, Val Varaita [4]. La transaction est consignée dans une charte signée en 1343 à Beauvoir-en-Royans. En versant 12 000 florins d'or et une rente annuelle de 4 000 ducats d'or, les habitants deviennent « francs et bourgeois ». Ils ne paient plus de redevances pour construire des moulins ou des fours à pain, ni pour utiliser l'eau des torrents, ni pour creuser des canaux, etc. Ils peuvent se réunir librement pour délibérer de leurs affaires et élire leurs représentants. Ils ont le droit de chasser et, en conséquence, celui de porter des armes. Dès lors, ces mandements ont pris le nom d'escartons, nom dérivé du verbe escarter, signifiant « répartir ». Il incombait aux habitants eux-mêmes ou à leurs représentants (mansiers, procureurs, consuls) de répartir entre les familles les redevances à verser à l'autorité féodale ; puis, à partir de 1349, au roi de France, à qui le Dauphin Humbert II a vendu son État. Ce système féodal s'est perpétué sous l'Ancien Régime, jusqu'à la Révolution, qui a aboli toutes les chartes de privilèges. En fait, il n'y a jamais eu, comme a réussi à le faire accroire, pour servir la propagande idéologique en faveur de la République en France, un juriste républicain du Second Empire, M. Fauché-Prunelle, de « République des Escartons ».
Le Queyras a été troublé dans la seconde moitié du XVIe siècle par les conflits religieux. Les armées protestantes commandées par le duc de Lesdiguières, futur connétable de France, ont vaincu à deux reprises les troupes catholiques et ont contrôlé cette haute vallée, en particulier l'ancien château delphinal et forteresse de Château-Queyras qui en commande l'entrée. Des exactions ont été commises alors, dont font état les historiens locaux. Les Queyrassins, qui étaient alphabétisés depuis la fin du XVe siècle et avaient pris l'habitude de lire les Saintes Écritures, ont été très nombreux à se convertir à la nouvelle religion, les protestants représentant entre 60 et 80 % des 6 000 habitants du Queyras. D'ailleurs, pendant près d'un siècle, les consuls (deux par communauté), les notaires (une vingtaine) et le secrétaire de la vallée ont été le plus souvent des protestants.
C'est à partir des années 1640-1660, à la suite de missions, que les Queyrassins commencent à revenir au catholicisme. En 1685, la révocation de l'Édit de Nantes, à la suite de laquelle la « religion prétendument réformée » a été de fait interdite, a provoqué de graves drames humains. Beaucoup de Queyrassins ont préféré abandonner leurs biens et se réfugier en Suisse, aux Pays-Bas ou en Allemagne, d'où certains ont essaimé en Amérique du Sud et en Afrique du Sud, plutôt que d'abjurer. On peut estimer à plus de trois cents le nombre de Queyrassins qui ont quitté définitivement la France. Comme la Savoie, alliée aux puissances du Saint-Empire romain germanique dans la Ligue d'Augsbourg, a déclaré en 1689 la guerre à la France, elle a constitué parmi les vaudois, alliés des réformés, de la vallée du Pellice (de l'autre côté de la frontière, au-delà d'Abriès) des milices armées, qui ont fait des incursions meurtrières, de 1689 à 1693, dans le Queyras, incendiant des maisons et même des hameaux, détruisant des chapelles, pillant des fermes, volant du bétail, etc. Des embryons de communautés protestantes se sont maintenues secrètement ou clandestinement à Arvieux, Molines et Saint-Véran, dans les villages les plus éloignés des vallées vaudoises italiennes et, après l'édit de tolérance de 1787, signé par Louis XVI, elles se sont reconstituées, alors que le protestantisme a quasiment disparu dans la vallée du Guil, Ristolas, Abriès, Aiguilles, Château-Ville-Vieille, villages qui ont souffert pendant cinq ans des exactions des milices vaudoises.
Le protestantisme queyrassin a été rendu célèbre en Europe dans la première moitié du XIXe siècle, grâce au pasteur Félix Neff, né en Suisse, ordonné à Londres et très actif militant du Réveil, et qui, dans les années 1820, a exercé, avec beaucoup de zèle, son sacerdoce dans les deux paroisses de Fressinières et du Queyras, avant de mourir jeune, à 31 ans, en 1829, épuisé par sa tâche. Les lettres de ce pasteur, écrites avec beaucoup de talent, ont ému de très nombreux lecteurs, parmi lesquels des révérends et des aristocrates anglais, qui ont décidé de faire le voyage dans les Alpes, en suivant les traces de Neff. Ce sont William S. Gilly[5], William Beattie[6], Lord Monson[7].
En tant que région frontalière, le Queyras a souffert indirectement ou directement des guerres. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, il a été traversé par les troupes françaises qui se rendaient en Italie pour combattre les armées de Savoie, d'Espagne, d'Autriche ou du Saint-Empire : expédition de la Valteline (1625), guerre de Succession de Mantoue (1629-1632), guerre de Trente Ans (1635-1648), guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697), guerre de Succession d'Espagne (1701-1713), guerre de succession d'Autriche (1740-1748). Les habitants devaient ouvrir les cols enneigés ou refaire les chemins en mauvais état ; ils avaient l'obligation de fournir fourrage, mulets, farine (obligation de « l'étape » et du « quartier » ou cantonnement) ; il leur fallait couper des arbres pour faire des ponts ou des fortins ; ils ont subi les exactions des milices vaudoises ; ils ont dû loger des dragons, au moment de la révocation de l'Édit de Nantes, et des soldats lors des cantonnements, etc. Toutes ces dépenses représentaient des coûts élevés à la charge des communautés. Lors de la guerre de la succession d'Autriche, le Queyras a fourni des arbres, du fourrage, des mulets, du seigle, aux armées du roi d'Espagne. Les consuls ont dû engager des procès pour obtenir que leur soient remboursées ces dépenses. La Première Guerre mondiale a été vécue très cruellement dans le Queyras, à cause des pertes humaines très élevées : plus de deux cents morts pour une population qui n'excédait pas quatre mille personnes, soit plus de 5 % de la population, de 1 à 1,5 % de plus que la moyenne nationale. Ces morts ont été d'autant plus dramatiques qu'elles ont touché la partie la plus jeune d'une population vieillissante. La Deuxième Guerre mondiale a été tout autant dramatique. En 1940, les habitants des hameaux et des villages situés près de la frontière avec l'Italie ont été déplacés en Ardèche. En juin 1940, les Italiens, en attaquant la France, ont occupé la commune de Ristolas et une partie de la commune d'Abriès. Le village de La Monta a été incendié. En septembre 1944, les Allemands qui défendaient la frontière italienne ont tiré, du col de la Mayt, des obus qui ont détruit en totalité ou en partie les hameaux de Pra-Roubaud et du Roux d'Abriès. L'Adroit d'Abriès a été incendié alors. Des exactions ont été commises à Aiguilles. De jeunes résistants ont été tués à La Monta.
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Dernière mise à jour
18/05/2013
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